KASS DEI II

KASS DEI II

LE DEPART

27 aout 2015

11:00hr, nous quittons enfin  le chantier Dalac à la pleine mer. Les ouvriers malais qui travaillèrent sur Kass Dei II étaient très compétents  dans leur métier, forts sympathiques et plaisants. Pour en citer quelques uns, Osman le charpentier, Anouar l’électricien, Adip le voilier, Ayoup le mécanicien.

Nous faisons route sur l’ile de Batam en Indonésie vers Nongsa Point exactement. Le temps est beau, même déjà chaud à cette heure matinale. Nous progressons tranquillement dans le détroit de Johor sans être trop embêté par les gros navires.  L’ile de Pulau Ubin est bientot devant nous , nous la laissons sur bâbord et sommes maintenant dans les eaux de Singapour. Pulau Bin a bien changée depuis le temps ou j’y allais avec  mon épouse et des amis, passer la journée, déguster le ``chilli crab` ou un beau mérou puisé d’un coup d’haveneau dans le kelong. Des `resorts`` se sont développés`` les liaisons avec  l’ile état semblent plus fréquents et mieux organisées.

La côte orientale de Singapour défile sur tribord, Pungol, puis les mouillages de club de voile de Changi et loin en suivant,  l’appontement pétrolier. D’importants travaux de remblais sont en cours. L’Ile de Tekong va tripler de surface. D’évidence, Singapour gagne de la superficie sur la mer.

Les avions, toutes les deux minutes, nous passent au dessus de la tête en phase d’atterrissage sur l’aéroport de Changi.

Nous voici déjà traversant le chenal oriental de Singapour, bien à l’ouest  de la bouée Horsburgh  par ou tous les navires, venant ou allant vers le Pacifique transitent. Bientôt, les bouées du chenal de Batam apparaissent sur l’avant et nous entrons au mouillage à 15:30 Hr.

Les formalités d’entrée en Indonésie  terminées, Prakash, le responsable de la marina vient à bord et nous établissons un programme de visite des iles de l’archipel des Riau. Tout semble parfait jusqu’au moment ou il me précise que pour aller dans certains endroits, il faut non seulement le ``green book`` et le CAIT (Clearance Approval For IndonesianTerritory) que j’ai mais également l’importation temporaire que je n’ai pas. Pas de bol, j’apprend à mes dépends, la complexité de la bureaucratie indonésienne en matière de navigation de plaisance.

28 > 30 Aout 2015 :

Nous faisons des essais de voiles au large de Batam. La grand voile est lourde à hisser (poids de la voile en durandon plus le poids de la corne).  Il faut des muscles en pied de mat pour travailler à la fois sur la drisse de pic et la drisse de mât. 2 personnes  bien coordonnées sont nécessaires à cette manœuvre. Il y a surement matière à amélioration. Kass Dei II se comporte tout à fait honorablement sous foc, grand voile et tape cul. Pour le moment, je laisse le yankee et la voile de flèche dans leur sac. Certes le près bon plein n’est pas très performant mais nous faisons de la route. Avec un vent de 10 nœuds établi, nous marchons à 5.5 , 6 nœuds sur le fond, ce qui est tout à fait bien.

Plutôt que de se limiter à des sorties journalières, ayant un équipage de 2 personnes,  je décide de remonter le détroit de Malacca et de rapprocher le bateau de Langkawi pour être la ou il faut à la mousson de nord est qui démarre mi octobre, début novembre.

 

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 Kass Dei II a Nongsa Point Marina (Ile de Batam Indonesie)

 

1 Sept 2015:

Je passe la journée à Singapour pour, entre autre, acheter quelques cartes du détroit chez Motion Smith. Mes équipiers font le plein des vivres à Batam.

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Les lumieres du couchant dorent la coque de Kass Dei II


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2 Sept 2015:

Appareillage de Nongsa à 6 heures. Pas un souffle d’air, nous marchons au moteur faisant de l’ouest en suivant la bordure du grand chenal cote indonésien. La fréquence de passage des gros navires nous impressionne. Porte containeurs couverts de boites, ULCC, VLCC, supply ships, navires LNG avec leur 5 boules couleur vanille, remorqueurs tirant des barges remplies de sable ou de cargo divers. Petits cargos d’un autre âge qui devraient déjà être à la casse. 

Singapour au loin, défile sur tribord,  la visibilité est réduite par le ``haze`` permanent provenant de Sumatra. Les endroits me sont familiers. A travers cette ``brume seche``, je reconnais Bedok, Bayshore, l’embouchure de la rivière Kallang, Marina South et la City. Le nombre de navires à l’ancre est impressionnant. Sans exagérer, je pense qu’ ils se comptent par centaines. Comme Singapour  a bien changé depuis la fin des années 90 lorsque nous y habitions. Marina South en particulier avec cet hôtel gigantesque sur lequel semble posé un paquebot, la grande roue proche de l’opéra dont l’architecture fait penser à une bogue de durian ouverte en deux parties. Tout cela donne un côté`` bling bling`` assez détestable. Il semble que Singapour veuille devenir le Monaco de l’Asie du Sud Est, alors tout est permis !!!.

Dans le travers de Sentosa, il nous faut traverser le grand chenal pour attraper la bordure cote singapourien cette fois. Ce passage correspond à un ``rond point`` si je puis dire ou les navires peuvent changer de direction. En plein milieu, loi des emmerdes maximum oblige, le moteur s’arrête. Heureusement, il n’ y a pas trop de bateaux à ce moment précis. Ouverture rapide du capot moteur, le diagnostic apparait d’évidence, il y a des bulles d’air dans le circuit  de gasoil. Il faut fixer tout ça rapidement. Nettoyage du filtre décanteur, (nous récupérons quelques dépôts)  re-amorçage de la pompe à gasoil et c’est reparti. Ouf ! cela nous a pris 20 à 30 bonnes minutes pendant lesquelles nous étions non manœuvrant. Dans un endroit pareil c’est pas top !

Nous reprenons le cap à l’ouest et envoyons de la toile,  Jurong, très industrialisé défile rapidement sur tribord. Bientôt nous passons le ``Raffle lighthouse`` et nous retrouvons la Malaisie et Johor mais côté occidental cette fois. Encore nombreux navires à l’ancre qui attendent. Un chimiquier fait route au même cap et m’ indique d’ un coup de sirène qu’ il va venir sur tribord. Sous voile et bien qu’ayant la priorité, je décide de virer de bord pour lui laisser le champ libre et qu’ il puisse faire sa manœuvre et son virage sans se préoccuper de moi. Il se rend vers le port  malaisien de Tanjong Pelapas.

 

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L'equipage de Kass Dei II


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Azu le matelot indonesien de Padang (Sumatra).

 

Le détroit de Malacca s’ouvre devant nous. L’après midi est déjà bien avancée et d’ici 3 heures il fera nuit. Nous sommes déjà à  45 milles de Batam. Je décide de passer la nuit au mouillage bien abrité de l’ ile de Kukup ou nous arrivons vers 18 :00hr à la basse mer . Je mouille entre les kelongs. Fond de vase de très bonne tenue, mais peu d’eau (2m au sondeur pour 1.5m de tirant d’eau. J’ai rogné largement mon pied de pilote). Le bateau tient bon sur son mouillage. Nous avons la chance d’apercevoir sur l’estran, quelques sangliers adultes et petits qui ``grouinent`` la vase. Les pêcheurs locaux sont accueillants nous font signe à chaque fois qu’ ils passent avec leur canot le moteur hors bord à fond les manettes.

 

3 > 6 sept 2015.

Départ 6 heures, nous reprenons notre pérégrination dans le détroit. Pas de vent et de nouveau le moteur à bas régime (1400t/mn). Nous restons  à un mille environ du couloir de navigation et pas trop près de la côte non plus pour éviter les pièges à poissons et les filets des pêcheurs locaux. Ceci dit, il faut  quand même veiller au grain. Ce ne sont pas les gros navires qui me stresse mais plutôt les bateaux de pêche imprévisibles, difficilement  identifiables la nuit et leurs filets qui flottent sur des centaines de mètres. La nuit nous sommes 2 de quart sur le pont. A 3 à bord chacun prend 4 heures de quart pour 2 heures de repos. La nuit est encore assez claire, car nous sortons de la pleine lune du 29 aout et elle n’est pas encore au dernier quartier. J’ai du mal à trouver le sommeil même allongé sur ma bannette. Sans doute le stress de cette navigation dans un tel endroit, avec un bateau ``neuf`` et un équipage que je ne connais pas bien encore. La route défile sous la quille. Nous passons l’ile de Pisang, puis Muar, et Melaka.  Le cap Rachado apparait sur tribord avant dès le levé du jour. Nous l’arrondissons vers 9:00hr mais en bataillant dur pour gagner au courant. Vers 11 :00 hrs nous identifions Admiral Marina de Port Dickson ou nous entrons en milieu d’après midi le 4 sept.

Cette marina offre tout le confort que l’on peut espérer à l’escale. C’est aussi l’occasion de nouvelles rencontres. Ainsi, je fais connaissance de Marie France et Gérard, sympathiques compatriotes vivants depuis trente ans sur leur bateau en Nouvelle Calédonie et qui ont visité depuis nombreuses iles du pacifique, la Nouvelle Zélande, les Vanuatus, les Salomons et j’en passe. Ils sont arrivés juste après nous à bord d’un cata à moteur de 38 pieds tout neuf, sorti d' un chantier de Thailande, qu’ ils convoient vers Nouméa pour un de leur copain. Ils pensent arriver ``à la maison`` fin novembre.

Un anglais vient voir Kass Dei II de plus près et reste admiratif. Mon égo ne se sent plus de joie. Il reviendra le lendemain matin avec son épouse. Ils apprécient les bateaux classiques ayant possédés et navigués sur un plan William Gardner.  Arrive ensuite Brendon un ``Sud Af``, qui vit sur son bateau deux pontons plus loin. Lui aussi est admiratif. Ce que je note c’est que les deux, avant de regarder la coque et les lignes du bateau se sont intéressés au gréement d’abord et sont restés tête en l’air quelques minutes à regarder le détail des capelages en tête de mat, et le gréement dormant.

 

6 > 8 sept 2015

Nous quittons Port Dickson vers 8:00hr. Ayant trainé une journée de trop dans cette marina, j’ai décidé de faire de la route et de remonter le plus loin possible dans le détroit. Tout dépendra des conditions météo rencontrées et d’autres facteurs. Pour le moment, la météo Malaisienne nous annonce des vents de secteur Sud Est faibles à modérés pour les trois prochains jours. C’est tout bon pour nous ou presque.  Le vent se cherche, nous avons à faire à des variables faibles. Rien de bon qui vaille. La journée se déroule et vers le milieu de la soirée, il s’établit au NNW pile dans le museau. Bon ! tirer des bords dans le détroit la nuit  ou progresser sur la route au moteur ? ``Elémentaire mon cher Watson !``.

Brendon m’avait mis en garde contre les  ``sumatra’s`` à cette époque de l’année dans le détroit. Le Sumatra’s est une bourrasque aussi soudaine qu’imprévue qui vous arrive dessus sans signe avant coureur, avec des vents de 40 à 50 nœuds. Le phénomène dure de 20 à 60 minutes. Ce peut-être plus. Il faut donc être vigilant pour parer à toute éventualité. Par chance nous en aurons aucun.

La nuit s’est fort bien déroulée, au matin, le soleil est de la partie, nous nous tartinons de crème solaire, nous gréons même le taud pour avoir un peu d’ombre dans le cockpit. Il fait très chaud et humide. Tout colle. Consulter la carte se fait avec une serviette de bain pour s’essuyer les avant bras en permanence, sinon la carte est vite trempée. Tiens ! un détail concernant les cartes papiers de l’Admiralty. Sans doute par soucis d’économie, l’épaisseur des cartes et la qualité du papiers ne sont plus ce qu’ils étaient. On paye cher pour peu de qualité (S$68 une carte format grand aigle : c’est quand même pas donné).

En fin d’après midi du 6 sept, nous sommes à 5 milles dans le travers de Port Klang. Il nous faut à nouveau passer nombreux navires de commerce au mouillage qui attendent leur tour pour rentrer dans ce port pas facile d’accès. (Forts courants, débris flottants dans le chenal sud).

 

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La grand voile qui est lourde a hisser.


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La nuit arrive déjà sur nous. Nous passerons notre temps à éviter encore les flottilles de bateaux de pêche avec toujours la hantise de se prendre un filet dans l’hélice ou un objet sur la coque. Au petit jour, nous distinguons les iles Sebiland que nous passons vers 9:00hr. La matinée et le début d’après midi nous parons  l’ile de Pangkor. Le temps est toujours au beau fixe, mer calme, voir plate, pas de vent, vitesse sur le fond 6.3 nœuds. La torpeur s’installe à bord. Je suis allongé sur ma bannette et commence à prendre une sérieuse option sur la sieste lorsqu’ un bruit bizarre me fait lever rapidement. Je me précipite vers le tableau et constate que nous venons de prendre un filet dans l’hélice. Pas d’autre choix que d’y aller. Je coupe le moteur, mes 2 équipiers se passent une ligne de vie autour de la taille, s’équipent de masques et tubas et plongent avec chacun un bon couteau. Il leur faudra 20 bonnes minutes pour éclaircir l’arbre et l’hélice et remonter un gros paquet de filet genre filet de tennis.  Pas de dommages à priori sur l’arbre, la bague ou l’hélice. Nous remettons en route soulagés et faisons route sur Penang.  A 25, 30 milles de la pointe sud de cette ile, de gros chalutiers trainent leurs filets dans tous les sens. J’en compte dix dans un proche immédiat. Il faut veiller au grain. Certains nous éclairent et du coup nous éblouissent avec leur puissants projecteurs.  Des feux scintillants sur bouées indiquent l’emplacement d’un filet, mais par ou les passer, à droite ou à gauche ? C’est un peu la roulette russe. Vers 23 :00hr nous avons quitté cette zone pour le moins angoissante. La nuit est bien noire, pas une étoile dans le ciel nuageux. Vers minuit nous sommes par le travers de Pulau Kendi, le petit ilot au sud de Penang. Je décide de contourner l’ ile par l’ouest pour éviter le chenal entre la cote et l’ile et ses 2 ponts. Certes la route sera plus longue mais plus sur, surtout que je n’ai pas la carte de détails de l’ile. Tant pis, je ferais avec le routier, mon compas de relèvement, le GPS et le radar. A 2 heures du matin nous sommes tous bien fatigués mais arrondissons la pointe nord ouest de Muka Head sous un violent orage avec fortes pluies.  L’éclat du phare (1 x 10s) est visible de très loin car situé sur un promontoire qui domine la mer de 242m. A 4 heures, je viens ancrer Kass Dei II juste devant chez moi. Après quelques heures de repos, je rentre le bateau à la marina de Straits Key à 9:30hr accueilli par Siew Tin et John le boss de la marina.

Prochaine étape : Langkawi et la Thaïlande fin Octobre. En attendant, route Bretagne du 20 septembre au 11 octobre.

Bilan :

-          Distances parcourue : 395 milles depuis Batam.

-          Heure moteur : 69

-          Heure voile : 20

Repas favoris :

  • Corneed beef au petits oignons et tomates accompagné de riz ou de pates
  • Corneed beef sur toast avec sa lichette de piment sambal
  • Spaghetti bolognaises à base de corneed beef.
  • Corneed beef !! à ça y est ? il y en a plus ? super nouvelle !!!!!!
  • Soupe chinoises toutes prêtes.
  • Omelettes de différentes composition, mais avec des œufs c’est sur.
  • Nasi Goreng préparés par Azu, mais il a la main lourde sur le piment rouge. Ah que ça brule !!!
  • Sardines/Thon à l’huile sur biscotte sans oublier les rouelles d’oignons, préparé par moi-même. C’est pour moi ce qu’il y a de mieux en mer.
  • Fruits divers. C’est-à-dire pommes, oranges et bananes.

Déroit de Malacca :

-          Ce ne sont pas les gros navires qui sont les plus dangereux car vous restez à 1 mille de la bordure du rail et vous êtes peinard, mais les pécheurs. Ils sont  illisibles pour vous. Leurs feux sont des tubes néons parce qu’ils pêchent le calamar (le sotong en Bahasa), ou ils s’éclairent avec des lampes strobe de toutes les couleurs, du bleu, du jaune, du blanc, du rouge,……car ils pêchent à la palangrotte….

-          Les filets et les pièges à poissons. Il ne s’agirait pas de rentrer à 6 nœuds dans un piège à poisson constitué de piquets de bois enfoncés dans la vase en forme de cône. Le bout du cône étant le piège.  Donc il faut rester au delà de l’isobathe des 10 mètres pour limiter grandement ce risque.

-          Doit-on franchir le détroit d’une seule traite comme je l’ai fais ou bien s’arrêter pour la nuit ? A chacun sa réponse. On peut venir vers la côte le soir et mouiller la pioche sur un haut fond de vase et repartir au matin dès le levé du jour.

-          Bien lire et étudier les pilotes et la doc nautique disponible avant d’entreprendre cette navigation.

-          Savoir gérer la fatigue et le stress en équipage réduit.

 

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04/01/2016
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