KASS DEI II

KASS DEI II

CONSTRUCTION DE NAGA PELANGI II

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Je trouve intéressant de partager avec vous ce documentaire relatant la construction d’une jonque malaise traditionnelle (Pinas) dans un chantier de la province de Terengganu au nord de la Malaisie, sur l’ile de Duyong dans la rivière de Terengganu.

 

A l’origine l’armateur après avoir déjà construit, dans ce chantier, Naga Pelangi (avec lequel il fit le tour du monde) voulu garder le même esprit pour construire un grand bateau de charge traditionnel (Perahu besar) mais aménagé pour la plaisance. Nous sommes en 2003 et ce type de construction est plutôt sur le déclin. La construction de Naga Pelangi II durera environ 4 ans.

 

1)     Naga Pelangi II en quelques chiffres:

 

Les caractéristiques principales de ce ‘’Pinas’’ :

-         Architecte / Chantier : Duyong Terengganu Malaisie.

-         Année de lancement : 2007.

-          LHT : 95ft

-         Bau : 19ft

-         Déplacement : 70Tonnes (dont 10 Tonnes de ballast).

-         Gréement : Jonque traditionelle.

-         Surface de voilure : 300 m².

-         Espars : 2 mâts et bout dehors.

-         Moteur : 200HP / 8 nds.

-         Capacité Fuel : 3500 Litres.

-         Capacité eau : 5000 Litres.

Son programme est essentiellement le charter en Asie du Sud Est. (Cliquez sur le lien ci-dessous pour plus amples informations).

 

Naga Pelangi II

 

 

2)    Les bois de construction

 

A l’époque la forêt vierge en Malaisie couvrait encore sur de vastes surfaces. Il était facile de couper un arbre ou deux pour construire un bateau. (Aujourd’hui, malheureusement, j’ai bien peur que cela ne soit plus le cas. La culture intensive du palmier à huile a complètement bouleversé le paysage avec toutes les conséquences écologiques que cela entraine).

 

Les bois utilisés pour la construction, décrits dans le documentaire, sont pour la plus part des bois endémiques de la Péninsule de Malaisie. Avant d’entreprendre la construction, le bois doit sécher à l’air libre pendant un an.

 

-         Le Chengal : (Neobalanocarpus heimii). C’est un bois tropical dont l’arbre peut atteindre 60 m de hauteur  et 6 m de diamètre à la base. Bois dur, il peut se classer dans la catégorie des ‘’bois de fer’’.  Bien plus robuste que le chêne mais plus flexible que celui-ci, il est inattaquable par les termites.  Tout le bordage de la jonque fut débité dans cette essence.

 

-         Le Penaga : (Mesua ferea (Guttiferae). Encore un autre bois dur qui a servi à faire des centaines de chevilles (Dowell dans le documentaire) . Ces chevilles permirent d’assembler les bordés sur champ.

 

-         Le Gelam : (Melaleuca cajuputi). Ce bois, taillé en fins copeaux de 3 à 4 cm de large appelés Kulit Gelam en Malais (La peau du Gelam), servit à faire l’étanchéité entre chaque bordé.

 

-         Le teck: (Tectona Grandis). Du malais Thekku, bois précieux utilisé pour le pont.

 

3)    Le type de construction 

 

Le type de construction diffère de la construction en bois traditionelle telle qu’on la pratique en Europe, c’est-à-dire bordage sur membrures. Ici, on borde d’abord le bateau et ensuite on vient ajuster chaque membrure au profil définit par le bordé.

Dans le fond, il s’agit d’une construction à bordés jointifs, aussi pratiquée en Europe pour construire des yachts de plaisance de belle facture. (Bordés en acajou sans calfatage et membrures en acacia fixées aux bordés par des rivets en cuivre).   

Cependant le début de la construction est identique; à savoir :

-         Pose de la quille et assemblage de l’étrave et de l’étambot : Il faut bien une base de départ.

 

(Voir le reportage photographique ‘’Building Naga Pelangi’’ dans la galerie de Naga Pelangi II) qui illustre bien les différentes étapes de la construction.

 

4)    Le bordage

 

La pose des 2 premières virures de bordé (les galbords), sont d’une importance primordiale car tout le reste de la construction en dépend. Ces deux galbords sont ajustés et fixés directement à la quille du bateau par des chevilles. Leur cintre et leur galbe que lui donne le maitre charpentier, déterminera la forme de la coque à venir. C’est toute l’expérience du charpentier qui se retrouve pour cette cruciale étape.

 

Avant de continuer l’assemblage sur champ des bordés, les uns après les autres, il faut aussi que le maître couple, celui qui détermine la plus grande largeur du bateau, soit en place. Ici il s’agit d’un gabarit en contreplaqué posé à la moitié de la longueur de quille. Ce gabarit donnera le bon cintre pour chaque bordé.

 

Un ruban de Kulit Gelam est disposé entre chaque bordé par-dessus chaque cheville. Les bordés sont rapprochés et joints à l’aide d’une grosse mailloche en bois dur. Cela doit assurer l’étanchéité de la coque. Le gonflement du bois lorsque le bateau sera à l’eau viendra serrer aussi chaque joint de bordé augmentant d’autant l’étanchéité de la coque.

 

5)    Les membrures

 

Une fois les bordés assemblés, les charpentiers viennent ajuster les membrures au profil intérieur de la coque. Une prise de gabarit aussi précise que possible est nécessaire pour tailler le bon profil dans la pièce de bois qui deviendra membrure.

 

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6)    Le lest

 

Le lest en plomb de 10 Tonnes est coulé sur place à partir de lingots de plomb. Un moule en tôle est fixé sur la quille et les boulons en bronze pour tenir le lest sont passés au travers de celle-ci.  Deux cuves sont installées à  hauteur suffisante pour permettre au bain en fusion de couler directement dans le moule à l’aide  de tuyaux d’acier.  Les charpentiers s’affairent à maintenir la chaleur sur les tuyaux et sur le moule pour faciliter l’opération et garder le bain en fusion jusqu’à ce que le moule soit rempli.

 

7)    Les outils utilisés

 

Le chantier est des plus simples. Espace suffisamment grand au bord de la rivière. Un hangar provisoire correspondant aux dimensions du bateau à construire. Pas de grosses machines mais de simples outils de charpentiers.

-         Rabot électrique ou à main.

-         Herminette.

-         Ciseaux à bois de différentes tailles.

-         Perceuses.

-         Masses et mailloches.

-         Tournevis.

-         Scie égoïne.

 

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En attendant de croiser Naga Pelangi II sur la grande bleue avec Kass Dei II, j’espère que cette petite étude vous aura intéressée et vous aura donnée l’envie de connaitre d’avantage les différentes techniques de charpenterie navale employées à travers le monde.

 

Le documentaire en cliquant sur le lien suivant:

 


 

Quelques photos de Naga Pelangi II: (Source: Naga Pelangi II the Rainbow Dragon Cruises)

 

  

 

 



14/03/2016
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